20100911

Je ne peux pas m'empêcher de voir: des couteaux. Des armes. Des accidents de voitures. Des collisions d'avion. Des suicides. Des actes de violences subits et inexpliqués. Des agressions. Des meurtres. Des médicaments. Des maladies. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur parce que je ne sais pas de quoi je suis capable et que je pourrais me jeter sous une rame de métro. Je ne peux pas m'empêcher de me sentir parfaitement sereine quand je m'endors et de n'aimer que ce moment précis entre le demi-sommeil et le premier rêve qui me donne le seul moment de paix au monde. Je ne peux pas m'empêcher de vouloir dire aux autres ce qui ne va pas, puis de me raviser et finalement de les laisser partir, un par un, sans explication jusqu'à ce que je sois complètement seule. Je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir et de me demander quel est mon problème même si j'ai compris récemment ce que c'était. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si ceux qui ont le même sont résignés à l'oublier et vivre une vie banale et médiocre et finir malheureux, ou s'ils décident d'en faire quelque chose et finissent quand même malheureux, et laissés à eux mêmes. Je ne peux pas m'empêcher de haïr chaque personne que je rencontre, même les enfants, et puis d'imaginer des choses affreuses, et puis de penser au karma et puis d'envisager et me concentrer sur des choses qui me dépassent tellement, qui sont tellement écrasantes que j'en ai le vertige mais je ne peux pas laisser les choses se passer, je sais que je dois faire quelque chose, pour leur propre bien. Je hais les autres mais je déteste les voir souffrir. Je n'obtiens aucune satisfaction des résultats. Je ne ressens plus de joie ni d'enthousiasme depuis des mois. Je suis extrêmement seule, comme bien souvent, mais cette fois la solitude me dévore et m'assassine. J'ai compris très récemment que la seule chose au monde qui puisse m'empêcher de sombrer complètement était la perspective que quelqu'un me prenne par la main et me dise que tout ira bien, que je ne suis pas seule, qu'on ne me laissera plus tomber désormais et que je vais m'en sortir. Au lieu de ça tout le monde s'en va et même si je savais qu'une telle chose arriverait, je ne peux pas m'empêcher de m'étonner de la rapidité de leur départ, et du goût irrémédiable que ça laisse dans ma bouche. Est ce que les autres vivent normalement? Est ce qu'ils se posent ce genre de questions? La seule chose que je puisse faire par moi-même pour m'empêcher de devenir folle est de faire quelque chose de futile à chaque seconde de ma vie et de ne jamais avoir la possibilité de réfléchir. Tout ce que je dis aux autres est autodestructeur et tout ce que je ne dis pas l'est encore plus. Je m'en veux pour tout ce que j'ai fait. Je m'en veux de croire qu'aider les autres et faire en sorte qu'ils ne se sentent jamais lésés ni malheureux ni abandonnés fera également en sorte que je ne le sois pas. Pour la première fois, je me retourne vers les autres pour savoir s'il y a au moins une personne qui m'aidera, une personne à qui je puisse au moins expliquer ce qui se passe. Je tremble un peu plus chaque jour. Je ne veux pas avoir à le faire. Je ne veux pas avoir à partir mais je ne peux plus vivre à tirer des traits.